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02

2013

Le bobard d’état civil



Substituer au véritable prénom d’une personne objet d’une enquête ou d’une mise en examen un prénom d’emprunt est une pratique journalistique de plus en plus courante. Mais quant au choix dudit faux prénom, quelques tendances bobardières apparaissent.

Le bobard d'état civilAinsi, en juin 2012, lorsqu’un jeune immigré tchétchène musulman a frappé à mort un de ses camarades de classe (le petit Kylian, 13 ans), Le Monde a « respecté » la présomption d’innocence au point de cacher à ses lecteurs l’origine et la religion de l’agresseur. Pour cela, un simple changement de prénom a suffi : Suleymane était rebaptisé Vladimir. Un prénom russe traditionnel. Hasard total, évidemment.

En novembre 2012, Le Parisien prend le relais : une jeune fille se fait pousser par une autre dans le RER. De la pauvre victime, amputée des deux jambes, le quotidien nous donne le vrai prénom et jusqu’à la couleur de ses cheveux (scoop : elle est blonde !). De celle qui l’a agressée, en revanche, on nous dit le strict minimum de son « parcours chaotique » mais on prend soin, tout de même, de lui trouver un prénom d’emprunt. Au hasard : Marine ! Un prénom pas connoté pour deux sous, donc.

Le bobard d'état civil

Les journalistes ont visiblement un problème bobardier avec l’état civil : on n’ose imaginer les nouvelles complications qu’engendrerait pour eux l’apparition du « mariage pour tous »…