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2013

Bobard commercial : L’Express et sa Une « choc »



Les loups sont lâchés, les fantômes de l’intolérance resurgissent, la droitisation des esprits bat son plein : L’Express parle du « vrai coût de l’immigration » avec, en guise d’illustration, une femme voilée qui entre dans le bâtiment des caisses d’allocations familiales. A entendre la presse de gauche, il s’agit d’une « Une choc » (Télérama, BFM Tv), une grave « polémique », un véritable « malaise » qui frapperait la rédaction de l’Express. Le lecteur est appâté, attiré par les révélations que pourrait lui fournir l’hebdomadaire de Monsieur Barbier. Les médias s’excitent.

Bobard commercial : L’Express et sa Une « choc »

Bobard commercial : L’Express et sa Une « choc »

Et pourtant, telle l’écharpe rouge du directeur du magazine, la Une du 14 au 20 novembre 2012 n’est qu’un artifice, un élément superficiel qui attire l’œil et qui fait parler.

L’Express aguiche ses lecteurs par sa « Une » mais à l’intérieur le journal de Christophe Barbier les recadre sur une « vérité » politiquement correcte : « Protection sociale : Les chiffres contre les clichés » (pages 54, 55). D’où il ressort –  ô miracle ! – que les immigrés rapportent 3,8 milliards par an.

Ici le bobard est quadruple :

Il y a de nombreuses études sur le coût de l’immigration : de Pierre Milloz, de Jean-Paul Gourévitch, d’Yves-Marie Laulan, de l’Institut de géopolitique des populations notamment. L’Express ne les retient pas. Seul un obscur chercheur (?) lillois, Xavier Chojnicki, a la parole. Sur un sujet controversé, un seul camp a la parole.

L’analyse de Chojnicki repose sur un seul argument : les immigrés rapportent davantage qu’ils ne coûtent parce qu’ils sont proportionnellement plus nombreux dans les tranches d’âge actives (20/55 ans) que dans les autres. Un argument parfaitement recevable dans les années 1950/1960 en période de plein emploi. Pas dans un pays où 20 % de la population active est en chômage partiel et où 10 % se trouve en chômage total (20 % chez les immigrés). Dans ces conditions, un immigré supplémentaire ce n’est pas un emploi de plus mais c’est un assuré social de plus.

L’analyse de Chojnicki ne prend pas non plus en compte : ni les frais d’infrastructures nécessaires aux nouveaux arrivants (logements, transports publics, écoles, prisons) ; ni les frais liés à la surdélinquance (justice, police, pénitentiaire) ; ni le phénomène de l’immigration clandestine.

Là où la malhonnêteté de l’Express est avérée c’est dans sa volonté de refuser d’accorder un droit de réponse à Jean-Paul Gourévitch pourtant mis en cause dans l’étude de novembre : Agnès Laurent, coordonnatrice du dossier de l’Express, lui a fait savoir qu’il n’était pas question de lui donner la parole, ni de citer sa nouvelle étude de Contribuables associés.

Pour L’Express, seules les études politiquement correctes existent. Les autres sont purement et simplement niées.

L’immigration n’est donc pas un problème selon l’Express. Le monde déconnecté des médias a fait beaucoup de bruit pour rien. L’Express a réussi son coup de communication par une Une fallacieuse : l’art véritable d’un beau bobard commercial.